22 juin 2011

SOPHIE LE ROUX: L'ALCHIMIE DU JAZZ


Sophie Le Roux est la photographe officielle du festival Jazz à Vienne en Isère. C’est-à-dire qu’elle est la seule à avoir accès au saint des saints : le studio installé sous la scène du théâtre antique. « Les Trois Coups » ont voulu savoir quel parcours l’avait conduite à ce statut envié.
Par Jean-François Picaut / LES TROIS COUPS 
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Les Trois Coups. 
Sophie Le Roux, comment êtes-vous venue à la photographie ? Vous êtes née avec un Leica ou un Hasselblad à la main ou vous êtes tombée, petite, dans une cuve de révélateur ?
Sophie Le Roux. — Ni l’un ni l’autre [rires].

J’ai commencé à m’intéresser à la photo à l’adolescence. À l’époque, je ne pensais pas du tout en faire ma profession !

Les Trois Coups. — Et vous avez immédiatement lié jazz et photographie ?
Sophie Le Roux. — Non, la jonction, la fusion, s’est faite quelques années plus tard. La révélation est venue d’un concert d’Al Finger à la F.I.A.C. (Foire internationale d’art contemporain) de Paris qui m’a donné le frisson. J’avais vingt ans. Lors d’un concert d’Élisabeth Caumont au jazz club Petit Journal Montparnasse, Philippe Fèvre, qui assurait la direction artistique du club, m’a invité à illustrer le programme en présentant mes images. J’y ai rencontré des génies du jazz tels que Michel Petrucciani, Eddy Louiss, Claude Nougaro, Ron Carter, etc. J’ai définitivement attrapé le virus !
Les Trois Coups. — Quel parcours vous a conduite à devenir la photographe officielle de Jazz à Vienne ?
Sophie Le Roux. — Au fil des années, je me suis fait une place dans le monde du jazz. Des amitiés se nouent entre photographes, et j’ai été agréablement surprise lorsque Didier Ferry, le précédent photographe officiel du festival, m’a proposé de prendre son relais. Il y a cinq ans cette année.
Les Trois Coups. — Pourquoi vous a-t-il choisie, selon vous ?
Sophie Le Roux. — Nous nous connaissons depuis très longtemps et il apprécie mon travail. Toutes ces années, son amitié, son grand sens du partage… et sa confiance, évidemment. Merci, Didier ! Je me sens investie de la passion et de la confiance que Didier m’a accordées. Je pérennise l’idée géniale de faire ces photos en studio. De telles conditions ne se retrouvent dans aucun autre festival aujourd’hui.
Les Trois Coups. — La liste des artistes que vous avez photographiés est impressionnante d’Al Jarreau à Phil Woods en passant par Marcel Azzola, B.B. King, Pat Metheny, EST, Ron Carter, Dee Dee Bridgewater, James Brown, Ornette Coleman, Chick Corea, Gil Evans, Stéphane Grappelli, Johnny Griffin, Little Richard, Wynton Marsalis, Brad Mehldau, Milton Nascimento, Michel Petrucciani, Dewey et Joshua Redman, Sonny Rollins, Martial Solal, McCoy Tyner, et bien d’autres. Ce palmarès n’y est sans doute pas étranger.
Sophie Le Roux. — Les festivals sont une fontaine de jouvence, celui de Jazz à Vienne, l’est particulièrement. Les musiciens y retrouvent une grande et belle famille, se sentent chez eux et reviennent avec plaisir… Je les capte autant que possible.
Les Trois Coups. — À part le privilège d’utiliser le studio sous la scène du théâtre antique, qu’est-ce qui vous distingue comme photographe officielle ?
Sophie Le Roux. — Vous avez raison d’employer le terme de « privilège ». C’en est un de pouvoir utiliser ce studio terriblement mythique et d’y recevoir les artistes que le festival invite chaque année. C’est aussi un « privilège » de diffuser mes photos, qui composent, pour la majorité, le catalogue officiel et annuel du festival.
Les Trois Coups. — Que recherchez-vous dans le contact avec les artistes ? Dans ces contacts, que vous apporte le fait d’être une femme ?
Sophie Le Roux. — J’ai très peu de temps pour réaliser ces images, souvent deux à cinq minutes… le feeling doit passer instantanément. Je les invite à se cacher, le temps d’une séance improvisée pour eux ! Quant au fait d’être une femme, je crois que ça facilite les contacts, qui sont plus spontanés. Je repense à Bobby Mc Ferrin qui a détecté du regard mon invitation à venir poser quelques photos au studio, c’était vraiment sincère de sa part… Je me suis simplement présentée, et il m’a accordé deux minutes et une série d’images inoubliables en dansant dans le studio spontanément !
Les Trois Coups. — Une de vos marques de fabrique, Sophie Le Roux, c’est votre intérêt pour les mains des artistes.
Sophie Le Roux. — J’ai réalisé que je tenais quelque chose de différent en photographiant celles de Stanley Clarke au Palais des sports de Paris en 1994. Depuis, je n’ai cessé d’approfondir cette approche et j’ai trouvé des trésors dans mes archives. Les mains des artistes ont beaucoup à nous apprendre sur leur art et leur personnalité. L’un de leurs traits caractéristiques, n’est-ce pas leur toucher, la sensibilité de leurs doigts, tout simpement ?
Les Trois Coups. — Vous réalisez désormais de véritables tableaux photographiques…
Sophie Le Roux. — La digigraphie permet de reproduire les photographies sur toile. L’effet est saisissant. Le choix du noir et blanc l’est tout autant. Ces séries numérotées sont limitées à vingt exemplaires, dans différents formats du 60 × 60 au 60 × 90 et parfois au-delà.
Les Trois Coups. — Et vous restez fidèle à la photographie en noir et blanc ?
Sophie Le Roux. — Le noir et blanc nous renvoie à la période mythique du jazz, à ses débuts, et cela porte davantage au rêve, à l’intemporel.
Les Trois Coups. — Quels sont vos projets pour les semaines et les mois qui nous séparent du prochain festival Jazz à Vienne ? Et après ?
Sophie Le Roux. — Si vous voulez parler de l’exposition le Jazz au bout des doigts, le livre du même nom est sorti en février de cette année. Je l’ai produit à compte d’auteur et le limite à mille exemplaires sur le site « blurb.fr ». Le festival Jazz à Saint-Germain-des-Prés a retenu l’exposition à l’hôtel Madison (Paris Ve), du 2 mai au 26 juin 2011. Une séance de dédicace pour la présentation du livre aura lieu le 5 juillet 2011 pour la 31e édition de Jazz à Vienne à la librairie Lucioles à Vienne. La ville comptera aussi deux lieux d’exposition : Le Verre en l’air, chez notre ami et chef d’exception, Jérémy, ainsi que la galerie Cornemuse. J’y accueillerai tous les curieux et amoureux du jazz. Le programme du festival 2011, concocté par Jean-Paul Bouteiller et son équipe, s’annonce magnifique… ¶
Propos recueillis par Jean-François Picaut
Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com
Sophie Le Roux, photographe officielle du festival Jazz à Vienne




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